Noël d’occasion


Elle m’a réveillé presque en douceur
D’une voix ininterrompue celle d’une fleur
J’ai alors pensé que c’était agréable
Cette voix dans le lit après un sommeil de fiel.

Elle évoquait les budgets de Noël
Bouffe et cadeaux compris d’importance quasi vitale 
Les jouets de seconde main comme une honte 
Evoquait un homme réduisant par trois le budget réveillon
Prévoyant huîtres foie gras et sa bonne cave.

Ses pensées aux préparatifs de ce que 
Je ne fêterai plus dans combien d’années
J’ai pensé
« Autant me lever fumer une clope et boire un coup » 
Jusqu’à me rappeler que je n’avais rien acheté à boire.

Trop concentré sur sa voix 
Impossible de me rendormir 
J’ai regardé l’heure 
06:04 un dimanche matin 
Lendemain d’un énième samedi soir resté seul
A éviter les écrans esbroufes de bonheur à la gueule
Les indifférences les silences 
(Finalement mieux que des mots à consistances de morts)
Parler seul avec moi-même sans caresser la détente 
Sobre pour ne pas fuir et attendre que les digues cèdent.

Assis au bord du lit je me suis habillé
Savourant la différence de température 
Entre le lit et l’air ambiant
Glacial insondable comme celui d’une fin en attente.

Dans mon dos elle persistait d’une voix rassurante 
Commande vocale pour allumer la cafetière dans la cuisine 
(Les rares paroles que je prononçais chaque jour
Etaient à un assistant supposé intelligent)
Me suis rincé le gosier à coups d’eau fraîche 
Résurrection de chaque matin à se résoudre au réveil en trop.

J’ai éteint la radio compagne de mes nuits.

Au rez-de-chaussée le premier café était déjà passé
Dehors comme au dedans la nuit en règne.

Poissons rouges contents de me voir si tôt 
Ils étaient bien les seuls 
Nourris avant de penser à moi-même
(Peut-être pas tant un salopard égoïste que ça
Je me disais)

Dans la cuisine la cafetière ronronnait encore
Vapeur jaillissant comme d’une locomotive 
Au trajet du jour prémédité habituel 
L’odeur du café dans les narines 
La chaleur de la tasse entre mes mains 
Plaisirs solitaires mieux qu’une baise matinale dont j'avais tout oublié 
Toujours mon credo:pas de femmes pas de gosses.

Traitement du matin avalé comme petit-déjeuner 
Anti-douleurs de pacotille 
Anti épileptique grille-pain du cerveau 
La première cigarette allumée 
J’en savourais la première bouffée traversant mon âme - inexistante -
Rien ne serait pire que le cancer de l'âme.

Un jour de plus à vivre en attente de la fin 
Comme d’un train en retard puis supprimé 
Je me rappelais brièvement ce qu’une autre disait

« On a la vie qu’on se fait. »

Commencer à écrire ces lignes de pacotille
Jouets de dernière main 
Tant que mes doigts obéissaient à ma volonté 
Et Morrison chantonnait 

« Certains sont nés pour les doux plaisirs
Certains sont nés pour la nuit sans fin. »

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